vendredi 1 août 2014

LE TARIQUET

Moi j’aime bien le Tariquet. Certes, il y a meilleur, plus fruité, plus ceci, plus cela, avec des arômes de pêche, de citron (tant d’arômes qu’on a fini par inventer le rosé pamplemousse, comme ça on est tranquille). C’est Café qui m’a fait découvrir le Tariquet. A l’heure de l’apéro, ce petit vin du Gers faisait bien l’affaire et tenait le budget en laisse. Parce que l’apéro, c’est sérieux. Si c’est pour en boire qu’un, vaut mieux pas commencer. D’où l’inquiétude budgétaire.

C’était dans les années 80. Le Tariquet commençait sa fulgurante ascension, en même temps que son copain et voisin Colombelle. Des vins du Gers, près d’Eauze, ville tauromachique bien connu mais ça n’a rien à voir. Quoique.. Et tout le monde buvait du Tariquet qu’était bien agréable.

Mais voilà. Le succès implique la croissance et le Tariquet (ainsi que le Colombelle) est devenu ce qu’on appelle un blockbuster, un gros vendeur. Et donc, les minets, les bobos, ceux qui veulent surtout échapper à la masse par ce qu’ils consomment (ce qui est plus facile que par ce qu’on pense), se sont mis à foudroyer le Tariquet, comme quoi ils avaient près de 1000 hectares, qu’à ce niveau on pouvait pas être soigneux et que c’était pas bien de boire du Tariquet et que « il valait mieux boire du Perrier ». Bon. Des passionnés de pinard qui préfèrent boire de l’eau, ça m’interpelle comme on dit.

Du coup, un passionné compétent comme Jacques Berthommeau se met en rogne et introduit le Tariquet dans un débat politique en traitant les Tariquetophobes de « staliniens ». Pour lui, c’est une injure…. Ça se discute….

Il a des références, Berthommeau. Mais il va pas assez loin. Les minets, ils ont pas compris que pour défendre le vin français, il valait mieux boire du Tariquet ou du Vieux Papes, qu’un pinard venu d’ailleurs. Même de Rioja où j’ai pourtant quelques habitudes. C’est facile à comprendre. Tariquet, il crée des emplois en France, il paye des impôts en France, bref son succès allège ma charge fiscale. Tariquet et moi, on est dans la même barque. Et quand il s’exporte (ce qu’il fait très bien) il trace la voie pour ses petits copains.

D’autant que les minets n’ont encore rien vu. Les Australiens, les Chiliens et les Argentins, ils ont du souci à se faire. La Chine se met en marche, à sa manière, en commençant par la théorie. Regardez ça. La différence intellectuelle saute aux yeux. Les autres, ils ont fait pragmatique. Les Chinois, ils font théorique : on apprend avant de se lancer. Ils ont fait comme ça pour la tomate, la carotte, l’asperge, la pomme de terre, tous légumes pour lesquels ils sont devenus le premier producteur au monde. En plus, ils ont raison : un peu plus de 10 millions de kilomètres carrés, toutes les zones climatiques possibles, du désert aux terres tropicales,toutes les géologies possibles, ils ont le choix. Donc, on fait de la génétique et ensuite on appliquera les résultats à la variété des sols et des climats. Là, on n’est plus dans le fonctionnement « petits vignerons ». C’est du lourd qui s’annonce.

Pour rester dans le domaine chinois, les minets devraient réfléchir au concept de Front Uni. S’allier avec l’adversaire secondaire pour lutter contre l’adversaire principal. Il me paraît évident que Tariquet, c’est l’adversaire secondaire, celui avec lequel il faut s’allier pour défendre le vin français. Je suis sûr que Mao serait d’accord avec moi. Et que la dimension nationaliste lui plairait bien.

On peut toujours se moquer des Chinois riches qui achètent des domaines français. Du moins, permettent-ils à une profession de survivre sur son territoire. Et je suis bien sûr qu’ils sauront faire quand arriveront les containers de rouge « Pluie opportune du Shandong » avec des arômes de lichi et de belles étiquettes calligraphiées (Pluie opportune du Shandong, c’est un clin d’œil pour orientalistes). Parce qu’il faudra bien qu’ils trouvent une stratégie de défense pour préserver leur investissement. Peut-être bien qu’ils rachèteront Tariquet, va savoir…

Tout ceci pour dire que le snobisme mondialisateur, la trouille d’être pris pour un « franchouillard » ou un beauf, c’est un putain de vrai risque… Quand le premier MacDo a ouvert (à Créteil dans les années 1970) les snobions venaient de Paris pour manger comme à Nouille-Yorque. Ils creusaient la voie pour que le sandwich à la viande devienne un emblème du modernisme. Aujourd’hui, les mêmes (ou leurs enfants) crachent sur les fast-foods et ne parlent que de bistronomie. Bouffer des fleurs d’hibiscus plutôt que de la daube pour pas avoir l’air franchouillard. Ou beauf.

De la même manière, ils ont bu du Sonoma en affirmant que ça valait le Saint-Joseph, ils croient faire pros en parlant de cépages, alors qu’ils font comme le premier red-neck du Kentucky qui demande « a glass of Merlot ».

Hé les mecs ! voilà trente ans que vous vous trompez. L’avenir, c’est comme le soleil. C’est à l’Est que ça se lève. Vous préférez le Napa au Tariquet ? He bé ! vous aurez du Shandong… Vous préférez le bagel à la blanquette ? Vous aurez des nems.

Mais vous inquiétez pas. Y’aura des ponts. Par exemple les nems aux gras-doubles de ma copine Pascale Begards qui est femme de goût : elle n’a jamais fait de hamburgers aux gras-doubles.

On en reparlera…

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