dimanche 6 mars 2011

LE COUP DU COUT

Il faut arrêter avec les conneries. L’une des plus belles, c’est le coût de la santé. On l’utilise en permanence : le coût du tabac, de l’alcool, de la voiture, des particules, des métaux lourds, des pesticides….

L’Etat est un organisme de redistribution. Le seul coût qui lui incombe est la redistribution. Collecter des impôts, ça coûte. Répartir les sommes collectées, ça coûte. Mais que le fric soit filé à la Santé ou à la Défense ne coûte rien de plus. Tu peux le prendre dans tous les sens, c’est comme ça que ça marche.

La Santé et surtout la Mort, c’est du PIB, de la croissance, des impôts, des taxes. Plus t’es malade, plus t’enrichis le pays. Quand l’Etat construit un hôpital, il file du fric à un entrepreneur qui paye des salaires, des taxes, qui rémunère des actionnaires. Le fric que lui donne l’Etat repart dans le circuit puis revient à l’Etat. Les médecins des hôpitaux payent des impôts, consomment et payent de la TVA comme tout le monde. Quand j’étais petit, les Pompes Funèbres Générales étaient cotées à la Bourse de Paris. Ça a du sens quand même ! C’est Vivendi qui a racheté les PFG au moyen d’une OPA. Ceci signifie d’abord que la Mort est un business qui permet à plein de gens (entrepreneurs de Pompes funèbres, fabricants de cercueils, fleuristes, imprimeurs de faire-parts) de vivre et de générer de l’activité.

Parenthèse : les chiffres se truquent facilement. Prends le RMI ou le RSA. On te dit que l’Etat file X millions d’euro pour ça. Faux. Les mecs à qui tu verses le RSA, ils s’en servent pour vivre, pour survivre, pour consommer, ils vont pas à la Caisse d’Epargne. Toc, aussi sec, ils payent de la TVA qui retourne à l’Etat. Le vrai chiffre (impossible à calculer), ce serait le RSA hors taxes. Et, en plus, en consommant, ils filent le RSA à des épiciers qui vont payer des salaires et des impôts. Le RSA, c’est une subvention déguisée à la grande distribution vu que les mecs, ils vont pas chez Fauchon.

Le plus drôle, c’est que les mecs qui hurlent au coût, c’est des fonctionnaires de l’Etat. Dans le coût du cancer du poumon, il y a le salaire de Gérard Huchon. Tiens, Gérard, je te file une idée : renonce à ton salaire, tu allègeras le coût du cancer si tu le trouves vraiment trop lourd (je peux le tutoyer le Professeur Huchon, on a des souvenirs en commun).

Y’a deux moyens de parler de la santé (et de la mort, sujet corrélatif). Le plus utilisé, c’est l’affect. On chouine, on fout des images sur les paquets de clopes, on interroge les victimes. Quand tu dis la Mort, chacun voit sa propre mort. Ça marche bien. Le mec interrogé, il pleure ou il prend l’air sérieux du gourou au boulot. T’as vraiment le sentiment qu’on est en marche vers l’immortalité. Le sentiment, parce que, bien entendu, c’est pas vrai. On va tous crever, c’est pas une horreur de le dire. Le prof de fac, il utilise les techniques de Séguéla alors qu’il est l’héritier de Claude Bernard. Le coût, c’est l’estocade.

Le second moyen, jamais utilisé, c’est la froideur glaciale de l’économiste. Celui-là, tu peux toujours le chercher. On te dit jamais si le coût, c’est avec ou sans les taxes. 20% de différence, c’est pas rien. On compte jamais les bénéfices collatéraux. Et y’en a. Tiens, Eurocopter par exemple. On n’y pense jamais. Dans les années 70, quand on a créé les SAMU, il a fallu inventer des hélicoptères vachement performants, des qui pouvaient se poser partout, avec des moteurs fiables, une mise en œuvre simple. C’est Sud-Aviation qui s’y est collé avec les moteurs Turboméca. Le pognon investi dans les SAMU, il leur a garanti des marchés et il a permis le développement des petits hélicos type Alouette ou Ecureuil qui sont aujourd’hui le fleuron de Eurocopter. Les morts sur les routes ont élargi le marché de l’hélicoptère. Dans les Pyrénées-Atlantiques où Turboméca est un gros employeur, les morts sur les routes c’est la garantie du fric dans les caisses des épiciers.

Y’en a d’autres. L’industrie pharmaceutique française est au top. Normal. Les labos, ils avaient des ventes garanties avec les remboursements de la Sécu. Tu payes, mais en face tu as de la recherche et des emplois. OK. Y’a eu des abus. Les Français sont les plus gros consommateurs de médicaments du monde. Le mec qui te dit ça, en général, il sous-entend que c’est un scandale. Le scandale, ce serait qu’on soit pas soignés, je trouve. Va passer quelques jours à la Salpétrière, par exemple. Quand tu vois les compétences, le boulot fait au quotidien et si tu compares avec ce qu’était la Salpé il y a cinquante ans, tu comprends vite que la santé, c’est pas un coût, c’est un investissement et un investissement vachement rentable pour la société. Ça nous empêchera pas de crever mais si t’investis pour être immortel, c’est que t’as un problème de comprenette. Va à l’église, ce sera mieux pour toi.

Notre système de santé n’a qu’un défaut : son efficacité. Tous ces mecs hyper-compétents qui nous soignent, nous sauvent, nous aident, ils nous permettent de vieillir, de consommer à fond nos retraites. On vit pas plus vieux parce qu’on bouffe mieux ou qu’on a moins froid la nuit. On vit plus vieux en moyenne parce qu’ils nous sauvent de plein de trucs qui nous auraient valu le costard de sapin il y a trente ans. Et tu trouves que ça coûte ?

Quand on me fera un vrai bilan, un bien complet, on pourra peut-être discuter. Un bien complet, ça inclura, par exemple, la part du chiffre d’affaires de Monsieur Lagardère. Ho ! Lagardère, il a rien à voir avec la santé ! Tu crois ça, toi ? Dans tous les hôpitaux de France, Lagardère il possède des points Relay, il vend des journaux, des cadeaux et de l’eau minérale, il emploie du personnel, il paye des impôts. Il fait partie du système. Mais ça, les économistes de la santé, ils t’en parlent jamais. Pourquoi ? Parce que les chiffres ne sont pas disponibles. Comment tu peux savoir ce que gagnent les fleuristes avec les enterrements ? Alors t’en tiens pas compte. Comme tu tiens pas compte d’Eurocopter ou du mec qui peint les ambulances ou du taxi qui conduit les visiteurs à l’hosto. Tous ces innombrables bénéfices collatéraux qu’on ne peut tout simplement pas distinguer.

La vérité, c’est que tout est tellement imbriqué, intriqué, qu’on simplifie, parfois à outrance. On nous file des grandes masses alors qu’une société, c’est un réseau ténu. Boudon l’a dit bien avant moi mais lit-on encore Boudon ? C’est même comme ça qu’il a inventé la notion d’effet pervers dont tout le monde se gargarise. Les systèmes sont devenus non-maîtrisables car, du fait de leur complexité, on ne peut plus prévoir tous les effets d’une décision. Et donc, on sélectionne les paramètres sur lesquels on va agir et on prie pour que ça marche. On sélectionne les chiffres qu’on exhibe. Et on nous fait le coup du coût.

On en reparlera…..

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