samedi 30 juin 2012

LA CRISE GRECQUE ET LE BISTRO PARISIEN

Ben, c’est pas une crise. La crise européenne, non plus. Pourquoi ?

La crise, au départ, c’est un mot grec. Κρυσειν. C’est vachement précis, comme mot. Ça désigne, chez Hippocrate et ses copains, le point culminant d’une maladie. Quand t’arrives à la crise, tu meurs ou tu guéris. Bon, tu préfères guérir. Mais tu choisis pas. C’est la crise qui choisit.

Et donc la crise, c’est un moment, pas une durée. Une crise qui dure, ça existe pas. Ce qui dure, c’est la maladie. On s’arrête. Lâchez vous. Pignoleur ! Sodomiseur de diptères ! Orchiclaste ! (Celui-là, c’est Collard qui vient de le sortir et je l’aime beaucoup. Etymologiquement, je veux dire). Moment, durée, ça change rien.

Ben si. Ça change tout. Quand y’a un glissement sémantique, y’a toujours derrière quelqu’un qui cherche à te baiser. La crise, le moment fort, on y est pas. Pas encore. Ça peut prendre l’allure d’une révolution, d’un gros soubresaut. C’est l’idée de Marx. Il a peut-être raison. Peut-être pas.

La société capitaliste est malade. Pas en crise. Quand t’as une maladie, tu cherches un médecin. Un bon. Un qui va te guérir sans crise, avant que la crise n’arrive. A l’heure actuelle, la médecine économique, c’est Diafoirus. Purgare, purgare, qu’ils hurlent tous. Pas en latin. Un économiste, ça sait pas le latin vu que le latin, ça rapporte rien. Ils disent « austérité », mais si t’es pas trop con, tu comprends vite qu’austérité, ça veut dire « purgare ». Ou « seignare ». Vous voyez, lire Molière ça peut conduire au jugement économique.

Les politiques et les économistes, ils fonctionnent comme au bistro. Un problème, une réponse. Un seule. Je sais pas si vous avez remarqué, mais la conversation de bistro, c’est ça. « Y’a qu’a… ». Y’a qu’à virer les immigrés. Y’a qu’à taxer les riches. Y’a qu’à construire des prisons. On en a déjà parlé. Pour la maladie, ils ont chacun qu’une réponse. Y’a deux camps : le camp de l’austérité et le camp de la croissance. Chacun arquebouté sur ses positions. Ceux qui disent « y’a qu’a réinjecter » et ceux qui disent « y’a qu’a serrer les boulons ». En fait, ils font un peu des deux, au coup par coup, comme ils peuvent. Mais dans les médias, ils tiennent qu’un discours. On doit être trop cons pour comprendre les choses complexes, alors ils sont gentils avec nous, ils simplifient.

Ils sont d’accord sur une donnée, cependant. « Il faut rassurer les marchés ». Ha bon ? Les marchés, c’est les mecs qui spéculent, qui parient que l’Espagne va se planter ou que la Grèce va sombrer. C’est les mecs qui ont créé la maladie. Tu vois un médecin, même Diafoirus, qui dirait « Il faut rassurer le virus » ? Ben, c’est ce qu’ils font. Et donc, les marchés, rassurés, vont cesser d’emmerder l’Espagne et l’Italie. C’est bien, non ?

Non. Les marchés, ils ont des milliards dans les pognes. Ils ont pas d’état d’âme. Si on peut plus jouer avec la dette grecque, on va jouer avec autre chose parce que notre pognon faut bien qu’on s’en serve. On sait pas encore le nom du prochain joujou : le pétrole ? le dollar ? le maïs ? C’est selon. En ce moment, ils sont en train de chercher, ils supputent, ils gambergent. Avec quoi on va prendre des bénéfices ?

Imaginons. Tiens, faisons un coup de fric avec le pétrole. Zou ! le prix du Brent flambe, les porte-monnaies se vident avec les réservoirs. Croissance en berne. Les tenants de l’austérité se marrent. Dans les pays où ils sont au pouvoir, les balances commerciales dégringolent. Tu peux virer des fonctionnaires mais si tu dois payer le sans plomb plus cher, t’as l’austérité qui branle. Là, c’est les zélateurs de la croissance qui rigolent. Dans tous les cas, retour à la case départ.

La maladie, c’est ces milliards qui se baladent en quête d’un hold-up. Et le seul moyen d’aller mieux, c’est de les détruire. Or, il n’y a qu’une arme possible. L’inflation. La belle et joufflue inflation qui détruit l’argent chaque jour, qui s’en gave, qui le digère. Si ton paquet de fric diminue, tu vas le mettre dans les trucs qui gardent leur valeur. Des usines, des maisons, des terres agricoles.

Mais là, polop ! Ils sont tous d’accord, l’inflation, c’est le bacille mortel. Pas touche à la thune ! Pas la peine de leur dire qu’on vivait mieux quand l’inflation se baladait autour de 10-12%. Nous, oui. Nous, les gagne-petit, les salariés à l’échelle mobile. Eux, non. Ils t’accablent de faits, de théories, de concepts. Un gros paquet de poudre aux yeux.

Lisez pas de traités d’économie. Lisez Bataille. La Part Maudite. Concept génial. Bataille, il nous affirme que la Terre recevant plus d’énergie du Soleil qu’elle n’en consomme, il est nécessaire de procéder régulièrement à des destructions : sacrifices humains, guerres, afin d’utiliser au mieux ce surplus qui nous arrive chaque jour. Bon, on a évolué, on s’est civilisés, on coupe plus les kikis au sommet des pyramides comme les Mayas. Mon grand-père le disait : « Il faudrait une bonne guerre ». C’est plus rustique que Bataille, mais le sens est le même.

Alors, détruisons le fric. Ça saigne pas et ça fait pas souffrir. Sauf Harpagon. Tu vois qu’on revient à Molière. Tiens, je vais relire les Précieuses Ridicules. C’est comme du Alain Minc, mais bien écrit.

On en reparlera…

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