dimanche 3 novembre 2013

RECUPERATION

C’est un truc que j’aime bien faire : suivre incognito une conversation sur Facebook. On n’est jamais déçu.

Hier, c’était rigolo comme tout. Sujet : les deux journalistes de RFI. Intervenants : des spécialistes du tourisme d’aventure. C’est vrai qu’ils ont la rage : pendant longtemps, le Sahara a été leur fonds de commerce, leur gros pourvoyeur de marges. Alors, l’insécurité dans l’oasis, ils aiment pas.

Depuis trente ans, les voyagistes sahariens nous ont construit une belle image du nomade. Fausse comme toutes les images. Le noble seigneur du désert a deux pères : Joseph Peyré et Jean-Pierre Picon. Les suivants ont fait ce qu’ils savent faire, ils ont suivi. J’ai déjà flingué cette image du noble Touareg. Le Touareg, c’est le mec qui empoisonne les puits et qui vit du trafic d’esclaves (http://rchabaud.blogspot.fr/2012/04/les-touaregs-font-chier.html).

Il y a trente ans, il y avait encore des esclaves (des harratin) dans le Hoggar et ça ne gênait personne. Alors, les discussions pour savoir si le MLNA est islamiste ou pas, ça me fait hurler de rire. S’il faut s’allier avec les islamistes pour récupérer du fric, le MLNA le fait, vu que le noble seigneur du désert, il est vénal. Comme tout le monde : on est tous plus ou moins à vendre. Ça dépend du chèque. Bon, on habille la vénalité comme on peut et même y’en a qui croient à l’habillage. Le Touareg n’est pas islamiste même quand il assassine ce bon Charles…. Ou quand il file un coup de main à AQMI. Il est noble et bon même quand il empoisonne les puits. C’est le problème avec les gens qui aiment : ils aiment plus leur objet d’amour que la réalité historique qu’ils affirment aussi aimer. En fait ce qu’ils aiment, c’est l’image qu’ils croient donner. J’en ai déjà parlé à propos des orientalistes (http://rchabaud.blogspot.fr/2011/03/les-orientalistes.html)

Et donc, je suivais cette conversation délicieuse entre « amis des sahariens » comme ils s’auto-désignent. Rien que ce terme, c’est à mourir de rire. T’étais ami avec Kadhafi ? Non ? Pourtant, il était Saharien… Ouais, mais amis des Sahariens, ça veut dire ami avec les Sahariens présentables sur les brochures. Faut pas déconner. L’amitié est fille du business.

D’ailleurs, ça a pas tardé. Mais que devons nous faire pour aider nos amis sahariens dont l’image est à jamais ternie par l’ignoble et abject assassinat dont ont été lâchement victimes deux honnêtes et intransigeants journalistes appartenant à la fine fleur des radios occidentales ? C’est vrai que la question touche à la morale, à la vie des hommes, à la liberté d’informer.

Et là, l’un des intervenants a eu la réponse : on va faire une brochure. C’est pas une belle idée, ça ? On part de deux cadavres, on finit à l’imprimerie. Peut être ben qu’on peut récupérer quelques pax sur un coup comme ça. Pas pour le Sahara, mais pour l’Atacama, on sait jamais. Déjà que le Dakar passe à Iquique…

Remarque, ça m’aidait à réfléchir à une autre question : qui a besoin de martyrs ? Pas nous. Nous, on paye pour pas en avoir. Nos adversaires s’efforcent d’en avoir. Deux stratégies, deux positions mentales sinon morales, deux positions quasiment théologiques.

Tout ça me fit penser à une planche de Reiser où l’on voit un petit mec se tordre de rire devant une affiche de mobilisation générale. La foule s’assemble autour de lui, prête à lui faire un mauvais parti. Et, à force de rire, le petit mec s’effondre, foudroyé, mort de rire. Alors la foule hisse son corps et déploie une banderole : vengeons notre martyr. Oui, décidément, nous avons besoin de martyrs, ils sont le terreau du commerce.

On en reparlera…

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