lundi 2 février 2015

LE PARDON

Ben non, je ne m’extasie pas devant la Une de Charlie-Hebdo avec ce Pardon qui me saute à la gueule.

Car, au cas où vous l’auriez oublié, le Pardon est le privilège de Dieu. Dieu est Pardon. Pardonnez nous nos offenses… L’Homme ne pardonne pas, il se venge. Même qu’il a fallu légiférer pour effacer la loi du Talion. Et donc, le Pardon plus le Prophète, ça fait beaucoup pour moi… Pardonnez moi, mais je ne suis pas assez religieux pour avaler cette potion.

Mais, me direz vous, il faut pardonner si on veut vivre ensemble. Non. Vivre ensemble, c’est déléguer son envie de vengeance à une Autorité, qui n’est pas Dieu, et qui va organiser la vengeance. Le plus équitablement possible. J’ai pas dit « justement », j’ai dit « équitablement ». Ce n’est pas à Dieu de nous dire comment on va vivre.

Sauf que Dieu, comme un rat, se tapit dans nos cerveaux et d’abord dans le cerveau des juges. Dans nos sociétés occidentales obsédées par Michel Foucault et Jean Valjean, Dieu susurre en permanence « pardon » et « rédemption ». Avant Jean Valjean, c’était « vengeance » et « récidive ». Depuis, Foucault a expliqué que c’était mal de « surveiller et punir ».

Avec Hugo et Valjean, Dieu s’est glissé dans la République et dans les consciences, y compris dans les consciences judiciaires. Jadis, le juge voyait dans l’accusé un récidiviste. Aujourd’hui, il voit une possibilité de rédemption. Forcément, le résultat final diffère.

Dans le même temps, les avocats sont sur-représentés au Parlement et les avocats ont besoin de la rédemption pour améliorer leurs résultats. Alors, ils légifèrent dans ce sens.

L’Occident est confit dans la peur et vit au conditionnel. Et si c’était toi ? Ou ton fils, ta femme, ta mère ? (plusieurs choix possibles). Ben, dans la vraie vie, c’est pas moi. Et donc je m’en fous. C’est comme les culs serrés qui souffrent de la faim des autres. Hypocrites ! quand un Ethiopien a faim, c’est pas mon ventre qui gargouille… Ça aussi, c’est le petit Jésus qui cause. On fait semblant de faire comme lui qui a souffert pour tous les hommes. Un coup de Ripolin bouddhiste par dessus ça et t’obtient la compassion universelle. Mais dans la vraie vie, la baffe que tu prends ne me fait pas d’hématome. Tout le reste n’est qu’habillage et littérature.

Après, on peut s’indigner, publier, dire que c’est pas bien, qu’on condamne, qu’on fustige, mais le mec, en face, il s’en fout. Tu décapités un otage japonais, tout le monde condamne. Il ne reste plus qu’à décapiter le second pour être à nouveau condamné : à quoi ? Le Japon a envoyé des troupes ? C’est que du bruit fait avec la bouche. Ça n’enlève pas un combattant à Daesh. La com’ a été bonne. Pour l’électeur de base. Et encore, il commence à se douter que ça sert à rien.

Mais alors, faut rien faire ? Si. Commencer par comprendre que parler, ce n’est pas faire. C’est juste parler. Que si tu te contentes de parler, aucun message ne passe si les oreilles de l’interlocuteur sont fermées. Or, elles sont fermées. Que mettre une baffe, c’est aussi communiquer. On peut discuter ad perpetuam pour savoir si la guerre est la poursuite de la diplomatie par d’autres moyens ou si c’est le contraire. Dans tous les cas, il faut se tenir prêt et éventuellement, la faire. En Syrie ou dans le 93. Comme le disait un flic de ce département, récemment interviewé : « Plus personne n’a peur de nous. Au contraire ». Et c’est vrai qu’on est loin de la peur du gendarme. Du moins, ceux qui agissent.

Les problématiques ont été inversées. Sous l’influence de Gandhi et Foucauld, ceux qui disposaient des insignes de la punition, ont opté pour le pardon, sans voir que, le plus souvent, celui à qui on pardonne y voit un signe de faiblesse. Il a peut être tort, mais il faut commencer par le changer. Sans quoi, on ne communique rien.

Bien entendu, on ne peut nier qu’une punition mal conduite n’arrange rien. Mais ce n’est pas alors la punition qui est en cause, c’est la manière dont elle est infligée qui ne lui est pas forcément consubstantielle. Effectivement, la supprimer règle ce problème. Mais ne règle QUE ce problème. Et en crée d’autres. Quand le séjour en prison n’est plus cause d’infamie, mais fierté, ce n’est pas la prison qui est le problème. C’est la gestion de l’incarcération. Comme c’est difficile et compliqué, on va au plus simple.

Et comme la simplification n’a jamais rien réglé, on en reparlera…..




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