dimanche 6 janvier 2019

SCIENCES PO CONTRE LA ZUP

C’est reparti ! Pas vraiment, ça ne s’était pas vraiment arrêté. Et la situation est bloquée.

Je ne change pas mon analyse. Et d’abord qu’il n’y a rien à analyser car la parole est bloquée. Personne ne le dit, car tout le monde veut parler mais ce qui saute aux yeux, c’est l’impossibilité de communiquer.

Selon le gouvernement, relayé par les journalistes, il a été débloqué 10 milliards pour le peuple. Le peuple regarde et dit : Mais où sont ils ? Ce qui ne l’aide pas à croire le discours. A quoi, on répond en parlant de pédagogie, posant ainsi en prémices que certains savent (les pédagogues) et d’autres pas. Et donc, certain discours sera légitime, l’autre pas. Pour construire une passerelle, c’est pas le meilleur moyen.

J’ai envie de prendre le Président par la main et de l’emmener à la ZUP. Seul. Le service de protection rapprochée, je l’ai. Mes copains du COB sont plus fiables que Benalla. J’ai aussi les interprètes, ceux qui diront au Président : Là, ça va pas. On comprend rien. L’argent, il est où ?

Et peut être que le Président comprendra cette évidence. A Sciences Po, on n’apprend pas à parler au peuple. On apprend à parler du peuple, mais ça n’a rien à voir. Je ne veux pas faire de simplification extrême mais rien de ce que dit le gouvernement n’est audible. Ce n‘est ni le style, ni le vocabulaire. Ils le savent, les Gilets jaunes : Ils nous enfument. C’est le mot qui revient le plus : enfumage. Normal : le Président promet 100 euro, la presse commente : dix milliards…et rien sur le compte en banque. Il nous enfume. Comment le dire autrement ? On me promet 100 euro, on m’accuse de couter dix milliards et j’ai pas une thune de plus sur mon compte.

A partir de là, on voit, avec effarement, le gouvernement promettre un débat et les manifestants le refuser. Ils savent bien que débattre ne sert à rien quand on ne parle pas le même langage. Ils vont nous enfumer.

Voilà longtemps que le lien est défait entre les mots et les choses. Désormais, il est défait entre les mots eux-mêmes. La langue, en politique, sert aux Sciences Po de gauche pour communiquer avec les Sciences Po de droite. Les « corps intermédiaires » (novlangue qui désigne les syndicalistes) ont adopté le même registre linguistique afin que l’Etat les considère comme des interlocuteurs acceptables. Moyennant quoi, le peuple les a abandonnés. Quand Henri Krasucki parlait de grève, le peuple se sentait défendu. Fini… Ce n’est pas une avancée démocratique.

Les journalistes ont fait les mêmes écoles que les politiques et ils parlent le même langage. Par voie de conséquence, le peuple les met dans le même sac. Qu’attendre d’autre ? La haine du politique retombe sur les journalistes. C’est la haine de Sciences Po, la haine du discours abscons.

J’écoute avec inquiétude les partisans d’un bord et les tenants de l’autre. Le gouffre est patent, les arguments inconciliables. Est-il utile d’avoir tant de communicants pour ne plus savoir communiquer ?

C’est que la communication consiste d‘abord  à dévaloriser l’autre, en lui collant des étiquettes infamantes ou supposées telles.

C’est ainsi que « populiste » est devenu un synonyme de « fasciste », ce qui a le double avantage de dévaloriser autant le locuteur que le peuple qui l’écoute. Il faut parfois faire un peu de linguistique. Qu’est ce que le populisme ? D’après le CNRTL, «  tout mouvement, toute doctrine faisant appel exclusivement ou préférentiellement au peuple en tant qu’entité différenciée ». Rien à dire. Presque. Les marxistes ont été les premiers à combattre le populisme qui chassait sur leurs terres. Le problème, c’est « indifférencié ». C’est pas prolétariat ou classe ouvrière, les marxistes aimaient pas. Le peuple comme un mélange. Nous y sommes.

Le peuple comme cible. Un leader populiste sait parler au peuple, il sait se faire comprendre du peuple. Merde ! C’est plus de jeu. A quoi ça sert de faire des études si c’est pour parler dans les ronds-points. ?

Il n’y a donc plus de leader populiste. C’est vulgaire. Personne n’en veut, ni les libéraux ni les marxistes. Y’a bien Mélenchon qui s’efforce. Mais il est moins bon que Tapie. Lui, il sait parler au peuple. Il en vient, il a baigné dedans. Tapie, c’est la revanche des footeux.

On n’a pas fini d’en reparler



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