lundi 18 mars 2019

GEOPOLITIQUE DES LETTRES



J’ai retrouvé Sollers. Je suis environné de messages, de textes qui me ramènent à Sollers quarante ans après Tel Quel. Ça revient de loin, parfois. Ce jeune peintre qui me reçoit dans son atelier et me parle de l’enseignement de Pleynet. Sollers est tapi dans un coin de la pièce.

Et donc, j’essaye de comprendre l’admiration ancienne et les récentes réticences. Apparait alors une évidence. D’emblée, dès les temps anciens, une méfiance géographique : Sollers est bordelais. Chez moi, le Bordelais suscite l’inquiétude, plus que le Parisien, c’est l’envahisseur mitoyen, celui dont on se méfie car il sait produire les signes qui anesthésient la méfiance. Le Teuton a l’invasion franche et brutale, le Bordelais est insidieux et amical.

Et Montaigne ? Fiché dans un coin de ma tête par Bernard Croquette et Jean-Yves Pouilloux.  A bien y songer, c’est pareil. Montaigne baigne dans la ruse. C’est comme ça qu’il survit. Les Essais sont un manuel de survie en temps difficiles.

A vingt ans, j’en avais l’intuition. J’aimais Monluc et Brantôme, écrivains si proches de moi, s’intéressant aux vins lourds et aux femmes légères. Et je dois avouer qu’assez vite, Blondin remplaça Sollers dans mon panthéon littéraire. Il manque à Sollers, comme à Montaigne, comme à Mauriac, la dimension excessive qui me ravit. Sauf en conformisme, discipline où le Bordelais excelle.

Jeune, Sollers flirtait avec le maoïsme qui était une révolte convenable, une révolte de Bordelais qui ne pouvait adhérer au marxisme du PCF car le PCF menaçait le pouvoir bourgeois sur la banlieue bordelaise ce que ne faisait pas le PC Chinois.

En politique, le Bordelais a inventé le jacobino-girondisme, chimère intellectuelle qui mêle harmonieusement le meilleur du jacobinisme et du girondisme. Il s’agit de se débarrasser du centralisme parisien et national pour créer un centralisme bordelais et régional qui mettra l’Aquitaine aux pieds de la métropole vinophile.  Ne nous y trompons pas, arriver à centraliser une région au profit d‘une capitale géographiquement excentrée, c’est assez fort.

Relisant mon livre sur le Sud-Ouest après sa publication (et donc plusieurs relectures) je m’aperçois que je n’ai pas consacré une seule ligne à Bordeaux. Je m’en ouvre à quelques amis qui, tous, me rassurent : Bordeaux n’avait rien à y faire. Je n’ai pas la place de dresser le catalogue des bonnes (et mauvaises) raisons. Pour faire bref, l’Aquitaine (et la Gascogne) est terre de ruralité assumée et orgueilleuse ce que n’est pas Bordeaux qui se rêve seulement citadine et capitale. Le Bordelais n’aime pas l’odeur du fumier ni le fumet des charniers.

Sollers est un excellent styliste, un peu bridé, un peu convenu. Il écrit comme peignait Bouguereau, avec une langue où rien ne dépasse, une langue gourmée qui plait aux notaires et aux assureurs, pour tout dire, un style de gendre idéal. Je ne comprends pas qu’il ne soit pas à l’Académie. C’est que sa vraie recherche porte sur la structure du récit qui n’en est pas la langue et qui demande une attention plus soutenue. En fait, l’Académie ne se trompe pas, elle sait ceux qui ont de la poudre dans leur gibecière. Le Bordelais Sollers sait comment dissimuler la poudre. Comme Montaigne. Peut être insuffisamment. Le livre a évolué.

Mais, de Brantome à Sollers, il y a une géopolitique des lettres qui reste à comprendre et à étudier. Il y a certainement de l'Escarpit chez Sollers.

On en reparlera…




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