dimanche 10 mars 2019

XAVIER DENAMUR

J’aime bien Xavier Denamur. Je le connais peu, ayant seulement diné une fois avec lui. Je l’aime bien parce qu’il mène le seul combat qui vaille, celui du savoir. Je lui trouve un côté Don Quichotte qui m’évoque De Gaulle. Non, je déconne pas.

Regardons. Depuis son film sur la République de la Malbouffe, il a été mis dans la case « Restaurateur donneur de leçons » alors que l’essentiel de ses exigences porte simplement sur l’information du consommateur. Première utopie : il est persuadé que l’homme qui sait est mieux armé que l’ignorant., en quoi il a raison, mais il porte la guerre au cœur de l’exploitation capitaliste qui fait de la destruction du savoir l’arme absolue de la production d’argent.

Utopie : personne ne pense que le savoir est essentiel dans l’activité la plus naturelle, la plus triviale qui soit : manger. Le discours dominant, mythologique a transformé une activité culturelle en activité naturelle. On va cueillir les légumes à l’hypermarché au lieu du jardin. Ce qui permet de nier les saisons, la terre,  les pratiques culturales (et culturelles), d‘oublier le transport, son coût et son impact. Une tomate est une tomate, point barre.

Le marché de la bouffe est immense : tout le monde est concerné. Il est scindé : les consommateurs n’ont plus rien à voir avec les producteurs. Ce qui signifie que le savoir des producteurs est minoritaire et concentré sur des zones désertifiées où le marché ne s’exprime pas.. Un mur a été dressé entre producteur et acheteur.

Denamur  veut abattre ce mur comme Don Quichotte les moulins. C’est pas gagné. Le mur protège le pouvoir d’achat du consommateur même s’il détruit sa santé et sa société.. Entre la fin du mois si proche, et l’espérance de vie, si lointaine, le choix est vite fait. Chaque fois que j’ai abordé le sujet, la réaction est venue : « Tu nous emmerdes ». Gentille réaction de copains gentils. J’imagine les autres.

L’essentiel du combat de Denamur est la traçabilité. Il a raison, c’est la première cause de désinformation. Tiens, les légumes. Les melons de janvier, origine France parce que produits à la Guadeloupe. Les piments de Padron, variété atlantique, produits au bord de la Mediterranée, et tant d’autres….La difficulté est que c’est un savoir infini et changeant. Aujourd’hui, l’Espagne ne produit pas d’endives, légume septentrional… Aujourdhui…

Les légumes en conserve ont l’obligation d’indiquer le lieu d’emballage, pas de production, ce qui permet aux conserves de tomates du Vaucluse de ne pas avoir à préciser que les tomates sont cultivées dans le Xinjiang chinois, et, la semaine dernière, Leclerc a retiré de la vente des haricots verts qui contenaient de la datura, plante toxique à distribution essentiellement tropicale. Il importe de changer la loi.

Pour l’heure, Denamur se bat pour la traçabilité dans les cantines scolaires. Là encore, c’est pas gagné. Voilà des années que les mairies ont passé la bébé aux industriels en s’abritant derrière le bouclier des impôts locaux. Et les industriels sont maitres en traçabilité intraçable. La loi est faite pour eux.

Il y a quelques jours, j’ai pensé à Xavier. Sur mon boulevard, quatre bistros sur cinq offraient du coq au vin. Improbable probabilité. Il m’a fallu une heure pour découvrir que Métro faisait la promotion de ce grand classique. Les mecs, ils croyaient faire saliver alors que le vrai message sur leurs ardoises était « Je me sers chez Métro ». Voilà désormais le monde de la nourriture. Ce monde où un industriel peut nommer un produit « Terrine maison » permettant à son client de l’afficher ainsi sur sa carte. La loi est respectée : est elle respectable ?

De mes souvenirs de producteur de guides, je garde la mémoire d’innombrables tentatives de tromperies. Quand on partait en mission, la première obligation était la lecture du courrier des lecteurs afin de vérifier s’il n’y avait pas de pépites cachées, le cuisinier génial bossant dans un improbable hameau. En généal., on gardait moins de 10% d’infos. Aujourd’hui, ils ont Tripadvisor que personne ne vérifie. Et Facebook où le mensonge fleurit comme datura au Kenya.

Ils ont réussi à faire de la désinformation un marché. C’est pourquoi j’aime Denamur. Il choisit les combats les plus difficiles et il prend les coups les plus tordus, les attaques les plus viles. On lui reproche sa réussite alors même que sa réussite est la preuve de la justesse de ses analyses..

On en reparlera…





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