samedi 19 février 2011

LES GOSSES ET LES COCHONS

Si t’élèves ton gosse comme un cochon, il grossit comme un cochon. C’est normal.

Je parle pas de la belle chambre que t’as achetée chez Ikea, avec un tableau qui représente le Petit Prince. Ni des fringues estampillées Hello Kitty ou Gormiti. Non. Je parle de son assiette. Ça fait un moment que je le dis et que je râle, mais des fois ça fait du bien de voir un mandarin dire la même chose.

Le cador, il s’appelle Didier Raoult, il dirige une unité de l’INSERM à Marseille et son papier a été publié par Nature voici plus d’un an. C’est marrant comme les vraies infos avancent lentement, à bas bruit.

La spécialité de Raoult, c’est la flore intestinale. Chez les obèses, la flore intestinale est différente. Elle comporte plus de lactobacilles et de bifidobactéries. Et donc, depuis cinquante ans, les éleveurs industriels utilisent ces bactéries pour faire grossir les petits cochons. Tu modifies la flore intestinale, tu gagnes 4 à 5% de poids. C’est pas mal quand même.
Ces bacilles du gain de poids, tu les retrouves dans les yaourts à base de bifidus et autres spécialités. Tu mates les pubs qui te disent que c’est vachement bon pour la santé, que tu renforces ton immunité, que tu passes mieux l’hiver. T’y crois et tu gaves ton poupard de yaourts spécialisés (et hors de prix). Au bout du bout, tu l’engraisses comme un porcelet. Et ce que tu sais pas, c’est que la législation sur ces bacilles, elle est plus rigoureuse pour les cochons que pour les hommes. Forcément, le législateur, il pouvait même pas imaginer que les industriels traiteraient les gosses comme des cochons à l’engraissement et donc il n’a pas légiféré.

C’est pas nouveau. Toutes les mamans soucieuses de la santé de leur progéniture les gavent de céréales. Si tu vas dans une ferme qui produit des céréales, tu verras qu’on les donne pas aux gosses. On les réserve pour les animaux. La céréale, c’est la base de l’engraissement parce que c’est plein de calories sous une forme concentrée. Les armées en campagne, voici un siècle, elles transportaient de l’orge ou de l’avoine pour les chevaux, tout simplement parce qu’on en transportait moins que du fourrage pour un meilleur résultat.
Si tu donnes du pain à ton gosse, tu lui donnes des céréales vu que jusqu’à nouvel ordre, le pain, c’est à base de céréales (sauf chez mon boulanger qui a un pain spécial « aux céréales », comme s’il y en avait d’autre). C’est des céréales levées et donc avec un gros volume pour calmer la faim sans manger trop de calories. Si t’es obèse, tu peux pas faucher ton champ.

La communication depuis cinquante ans cherche à nous persuader que le pain fait grossir alors que les céréales donnent de l’énergie. C’est juste des mots. Les céréales, ça peut être important dans une vie rurale et septentrionale. Quand tu dois faire des travaux fatigants dans un environnement froid, vaut mieux bouffer des calories. Le müesli, c’est une invention allemande, pas sicilienne. Normalement, tu bouffes pas pareil au bord de la Baltique que sur les rives de la Méditerranée. T’es pas obligé de connaître la composition de la flore intestinale, mais la climatologie de base, tu dois bien avoir une idée. Et t’en servir pour réfléchir. Et donc, juger que pour un gamin qui passe l’hiver à Paris faut moins de céréales que pour un fermier du Wyoming.

Les céréales au petit déjeuner, c’est septentrional : le porridge n’est pas une invention andalouse. En France, on avait le pain, parce qu’on avait le blé pour le faire. Les sols pour faire pousser le blé et le climat pour faire pousser le blé. Les Anglais, ils avaient pas autant de blé, alors ils filaient autre chose à leurs mômes, de l’avoine par exemple.

Habitude culturelle poursuivie par les Américains alors qu’ils avaient du blé. C’est lourd l’Histoire. Et puis, au départ, c’est un peuple de paysans. Faut de l’énergie pour cultiver la terre. Les conditions ont changé. La vie à la ville est plus facile, nécessite moins d’énergie. Toute l’Amérique ne vit pas sous les rigueurs de l’hiver new-yorkais. Les Américains ont gardé et développé et exporté un régime alimentaire géographiquement marqué. Et ils sont devenus, logiquement, obèses. Et ceux qui les imitent deviennent, logiquement, obèses. Regardez les corrélations statistiques : plus on bouffe de corn-flakes, plus l’obésité augmente. Tu peux toujours coller des messages à la con à la télé (manger cinq fruits et légumes) tant que tu mettras des céréales partout, nos gosses grossiront.

Alors si, en plus, tu leur files des lactobacilles, t’auras le jackpot. Remarque, ça fait du PIB. Des nutritionnistes, des diététiciens, des alicaments, des salles de gym, t’as pas fini de cracher au bassinet. Plus les fringues spécial XXL Avec Hello Kitty sur la poitrine. Et on leur filera du Mediator pour leur couper la faim. Comme si la faim faisait grossir.

On en reparlera…

Aucun commentaire:

Publier un commentaire