jeudi 14 octobre 2010

CON CERNÉ

Reproche récurrent : tu ne parles plus que de la Chine. Exact. Mais la Chine s’impose, se pousse du col, envahit ma vie quotidienne, influe sur mes impôts, prépare mon avenir et celui de mes gosses. Oui, je me sens concerné. Con cerné.

Juste un truc. Quand je vais chez moi, au pied des Pyrénées, j’aime bien passer la frontière pour aller faire des courses. De bons produits qui me rappellent les tablées de ma jeunesse. Les asperges de Navarre par exemple, goûteuses, sans fil que l’on mangeait chaudes avec une sauce au beurre.

Les Espagnols, ils ont une habitude que j’aime. Les légumes, ils les préfèrent en bocaux. C’est beau, un bocal de verre, avec les légumes bien rangés, bien visibles. Tu sais ce que t’achètes, pas comme avec les hermétiques boîtes de ferraille. Pour les asperges, c’est bien le bocal. Tu vois la grosseur, la taille, tu salives. Mes asperges, elles sont là, bien embocalées, avec de belles étiquettes. Y’en a à tous les prix. Les moins chères, c’était Celorrio, Conservas de Navarra. Ecrit en gros. Navarra, pas cher, belles asperges.

Les Espagnols, ils ont un nouveau truc que j’aime. Sur leurs bocaux, ils sont obligés de marquer la provenance du légume. Pas tromper le consommateur. Faut être juste : ils écrivent pas en grosses et grasses lettres. C’était marqué en tout petit : Produit de Chine. Celorrio, Conservas de Navarra, c’est juste la raison sociale. Les asperges et le bocal, ça vient de Chine. C’est pour ça que c’est moins cher. Navarre en gros, Chine en tout petit. Pas tromper le consommateur mais avec les limites du packaging.

Mais comment est-ce possible ? Tu cherches et t’as pas de mal à trouver. Les Québécois, ils ont publié les chiffres (www.agrireseau.qc.ca ). En Chine, un million d’hectares d’asperges et 4,5 millions de tonnes. L’Espagne, 60 000 tonnes, la France 22 000 tonnes. C’est pareil pour plein d’autres légumes (carottes, tomates, choux). Normal, disent les économistes tranquilles, c’est un grand pays. Certes. Mais quand tu produis 43% des légumes du monde avec seulement 22% de la population, t’es bien obligé d’exporter, t’as du rab pour ça. Tiens, prends les carottes. Une carotte sur trois vendue dans le monde vient de Chine. Quand tu fais ton pot-au-feu, y’a des chances que t’y mettes un bout de Chine. C’est pas encore un shop suey, mais ça viendra. Pour les patates, faudra attendre un peu : les exportations chinoises sont ridicules (250 000 tonnes) mais ça en fait quand même le premier exportateur mondial.

Nous, on est pas comme les Espagnols. On met juste l’usine de conditionnement avec un code. EMB 47…, ça veut dire que l’usine est dans le Lot-et-Garonne. L’usine. Ça veut pas dire que les légumes, ils sont du Lot-et-Garonne. Ils peuvent venir d’ailleurs. Ça, tu sais pas. Tu sais pas où ça pousse, ni comment ça pousse. Si ça vient de Chine, j’ai quelques inquiétudes. Le communiste de base, c’est un homme de progrès. Alors, l’OGM et le produit phytosanitaire, il aime bien. Ça permet de pousser la production et de préparer les lendemains qui chantent, quand tout le monde aura à bouffer dans son assiette.

Alors, moi je veux bien qu’on me dise que j’en parle trop. Mais enfin, quand je vois le fric que j’envoie en Chine en permanence, et qu’on ne me laisse pas le choix, je me dis que si Hu Jintao éternue, c’est Sarkozy qui va être malade. Je fais gaffe, je me débats comme un con, mais c’est sans espoir. J’achète à mon gamin des jouets en bois fabriqués dans le Jura, mais il hurle que c’est ringard et que le Gormiti fabriqué dans le Guangdong, c’est vachement mieux. J’achète mes asperges à Lodosa, à une SCOP (à gauche toute), mais ça me coûte trois fois plus cher que les asperges chinoises. Mon ordinateur est monté en Irlande mais je suis bien sûr que les composants, ils ont les yeux bridés.

C’est vrai que ça vire à l’obsession. Que je sens comme un filet qui se resserre lentement. Inexorablement. Je devrais être content. A vingt ans, je pensais que la Chine était l’avenir du monde. Ben voilà, c’est quasiment fait. Ce que je pensais pas, c’est que ça passerait par les asperges.

Il me reste le cochon. Pour l’instant.

On en reparlera….

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