vendredi 22 octobre 2010

ET SI ON PARLAIT DU FENG SHUI ?

J’adore les notules dans les journaux. Ces articulets de quelques lignes sont souvent gros d’informations non-dites, comme des patates chaudes dont le rédacteur ne sait que faire.

Dans Libé du 18 octobre, y’en a une qui vaut son pesant de cacahuètes. Un syndicat américain, l’USW (United Steel Workers, le syndicat des sidérurgistes) accuse les Chinois d’avoir subventionné à hauteur de 216 milliards de dollars les fabricants de technologies visant à réduire les émissions de carbone. Il paraît que ça crée une distorsion dans les marchés. Pas contents les métallos yankees : le montant représente « plus du double de ce que dépensent les Américains et la moitié de ce qui est dépensé au niveau mondial ».

Moi, je trouve ça plutôt rigolo. Voilà des années qu’on nous bassine sur les Chinois pollueurs sans vergogne, égoïstes et destructeurs de la planète. Quasiment, on les a accusés d’avoir fait échouer le grand raout de Copenhague. Ben non. Ils dépensent autant que le reste du monde pour améliorer le bilan carbone. Vu leur fonctionnement, on peut parier qu’ils vont avoir des résultats.

J’avais, il y a quelques mois et en d’autres lieux, émis l’hypothèse que le peuple qui avait inventé le feng shui ne pouvait pas se désintéresser des problèmes écologiques. La base du fonctionnement chinois, depuis plus de vingt siècles, c’est l’harmonie de l’homme et du monde. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Van Gulik. Il savait de quoi il parlait. Cherchez sa bio sur Wikipedia, vous comprendrez.

Le feng shui, c’est l’harmonie avec les vents et les eaux. L’homme ne peut survivre si cette harmonie est rompue. Chez les bobos qui préfèrent les livres de recettes aux livres de réflexion, c’est devenu la manière de placer son lit et d’orienter ses chiottes. Quelque chose comme « chiottes à l’ouest, le ventre se déleste ». Je rigole pas, je rigole jamais devant la bêtise. Il y a des dizaines de livres pour vous expliquer comment orienter sa table et son lit. Où que vous soyez. Et quels que soient les vents et les eaux. On veut du concret, mais on est trop fainéants pour travailler le concret. C’est sûr qu’on vit pas pareil sur un socle granitique que sur un sol karstique. Mais si on doit faire de la géologie avant de penser une décoration, où va t-on ? Ne parlons même pas de la magnétométrie.

Et donc, les Chinois, ils savent que les problèmes écologiques sont fondamentaux. En même temps, ils savent qu’à terme ça va être un marché. Colossal. Alors, ils investissent. Ne nous leurrons pas. Ils font d’abord ça pour eux. Ils ont plein de petits constructeurs de voitures électriques.. Avec des noms à mourir, comme NICE CARS (No Internal Combustion Engine) ou BYD (Build Your Dreams). Des mecs qui font de petites autos pour des gens pas très riches, comme Fiat avait fait la 500 ou Renault la 4CV. Des gens même pas assez riches pour se payer le plein d’essence.

C’est bien, ça leur fait un laboratoire grandeur nature. Et puis, les piles, ils connaissent : ils produisent plus de 90% des piles et batteries dans le monde. Forcément, va y avoir du déchet. Comme chez nous : plus de 200 constructeurs d’automobiles en France il y a un siècle, deux aujourd’hui.

En fait, ce qui me plait, c’est que l’obligation de l’avenir rencontre l’obligation de la tradition. Vivre en harmonie avec la nature, c’est désormais un marché. Penser demain avec les instruments de réflexion d’hier. Pour ça, il faut être dans un continuum historique. Si tu vois pas plus loin que le bout de ton nez, tu vas pas loin.

Les USA sont un peuple à courte vue. D’abord parce qu’ils n’ont pas d’Histoire. Ne hurlez pas. Quatre siècles, ça fait pas une histoire. Quatre siècles en incluant la période de découverte. La nation américaine, c’est deux petits siècles. Alors, effectivement, quand ils regardent en arrière, y’a pas grand chose à voir. Pas beaucoup d’exemples à suivre. Et donc, en toute logique, ils préfèrent aujourd’hui à hier. Le syndicat USW, il ferait mieux d’engueuler son administration qui prend du retard. Les Ricains, ils aiment la compétition. Ils vont être servis.

Ça valait la une de Libé, je trouve. C’est une bonne nouvelle. Ça va pas nous améliorer la balance commerciale mais vu son état…. C’est aussi symptomatique. Nous, on cause, on cause, on cause. On a Arthus-Bertrand et Nicolas Hulot, les Laurel et Hardy du développement durable, on fait des films et des colloques. Pour ce qui est du concret, c’est autre chose. M’enfin, l’essentiel, c’est que ce soit fait. Par les Chinois ou par d’autres, peu importe. L’important, tout le monde vous le dira, c’est d’améliorer le bilan carbone. La nationalité des procédés, on s’en fout.

Ça va nous coûter cher ? Oui. Très cher.

On en reparlera…

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