dimanche 16 septembre 2018

C’EST UNE LANGUE BELLE…..

Oui.. C’est une langue magnifique. La mienne. Pas seulement. Près de 70 ans que je la.. hurle, murmure, chuchote, chante, psalmodie. Je ne l’ai jamais parlée. La parler était la déconstruire et elle valait mieux. Elle valait mieux aussi que les mots de Duteil, ce Maurice Carême des temps actuels. Duteil a rencontré le bonheur des institutrices nubiles qui pouvaient faire bramer les gosses sur de simplissimes harmonies et des rimes alternées. Il fait rimer « harpe » avec « Contrescarpe », ça va bien, trop bien, trop poli pour être honnête. J’aurais préféré « escarpe », l’assassin que tous, de Céline à Hugo, associent à l’homme politique.

Mais tous ceux qui bêlent Duteil et ses mièvreries (Duteil n’est que bêlable, tant pis pour lui, c’est son choix) s’empressent d’oublier la langue, pour la trousser, la violer, la détruire,  la laisser pantelante au bord du chemin.

La chanson est de 1985 et elle fut un succès. Il fallut attendre près de dix ans (1994) pour qu’une loi, la loi Toubon, vienne dresser un mur entre la langue et ses violeurs. Pas plus tôt sortie que vidée de son sens par les bandeurs mous du Conseil constitutionnel, bande de salopards bardés de médailles se moquant de la France comme de leur première chaudepisse. La presse les appelle « les sages ». Et que disent les sages ?

Que la liberté d‘expression inscrite dans la Déclaration des Droits de  l’Homme interdisait qu’on légifère sur la terminologie utilisée par des personnes de droit privé dans le cadre de leur activité. Le sens de cela, nous le vivons tous les jours. Au nom de son droit d‘expression ma voisine décérébrée et vendeuse de pizze peut inscrire en gros « Snacking » sur sa devanture. Sa liberté consiste à m’infliger quotidiennement un mot d’anglo-américain brutal et vulgaire qui me blesse profondément.

Il est où Yves Duteil ? Il est où Jacques Toubon ? Ils sont où les bêleurs de Duteil ? L’indécrottable Pivot et les 40 râleurs de l’Institut ? Quant aux juristes stipendiés qui s’’empressent d‘oublier que le français est la langue de la République pour ouvrir la porte à un code qui m’exclut, je peux les maudire jusqu’à la treizième génération.

Parce que le « snacking » de la marchande de galettes napolitaines, c’est ça : un mot qui m’exclut de ma communauté nationale. Comme bien d’autres qui viennent consteller les textes auxquels je ne comprends plus rien. Ce que les vieux birbes du conseil constitutionnel appellent liberté d‘expression n’est autre que la liberté de m’exclure. Parce que la langue, c’est ça : un code qu’on partage. Ou pas.

Avec la polémique sur l’enseignement de l’arabe, on n’a pas fini de sodomiser les diptères.. Evidemment qu’on a piqué plein de mots à l’arabe, ceux dont on avait besoin : algorithme, alambic, alcool, houri, salamalec…. Comme on en a piqué à toutes les langues voisines voire lointaines. La mousmé de Carco est simplement une musumé japonaise. S’échanger des mots n’a aucun sens et surtout pas celui d’une supériorité d’une langue sur l’autre.

Demandez aux Québécois.. On défend pas une langue en bêlant avec les agneaux. On la défend avec une réglementation et/ou en disant que Grévisse a force de loi. Il y faut un peu de coercition.

Il faut surtout accepter que les modifications sont toujours signe d‘exclusion des locuteurs non consentants. Moi. Moi qu’on pousse à l’extérieur de ma langue en chantant du Yves Duteil. Il me souvient d‘une conversation avec une instit’ débutante à qui j’expliquais que le travail qu’elle faisait sur les syllabes avec des gosses de trois ans était la première marche pour apprendre les principes de la prosodie. Plus tard. Et que si les bases n’étaient pas assurées, l’alexandrin boiterait. Dans ses yeux clairs, je lisais « Vieux con » aussi nettement que le symbole du dollar dans les yeux de Picsou.

C’est comme ça que neuf jeunes sur dix sont incapables de lire et comprendre un jugement ou un texte de loi alors qu’ils maîtrisent le snacking ou le roaming. Leurs enseignants, leurs parents, ont fait l’impasse sur le français classique et certains ont conclu à l’urgence de simplifier un vocabulaire qui est déjà bien simple..

Ce n’est pas grave. Duteil ou pas, le français crève avec la complicité  ceux qui devraient le maintenir en vie. Toubon n’a servi à rien. Comme défenseur des droits, il ne me paraît pas beaucoup plus efficace.

Du moins, la liberté d’expression est elle garantie.


Wesh, Brother ! c’et le bon trip !!


P.S. : Pizze, c'est le pluriel de pizza, en italien normal. La connasse, elle respecte pas le français, ni l'italien. Mais sa liberté d'expression, fautive, est assurée

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