vendredi 7 septembre 2018

JEAN-PIERRE PICON, MON AMI

Facebook sert au moins à ça. Nico m’annonce le décès de Jean-Pierre Picon. Une porte se ferme sur mon passé et sur votre avenir.

Jean-Pierre a révolutionné le voyage. Vraiment. C’est pas une clause de style. Nous vivions à la botte des grands groupes d‘industriels du transport d‘humains quand il a créé Explorator. Comme toutes les grandes idées, elle était géniale de simplicité. De petits groupes de voyageurs pour ne pas déséquilibrer les contrées visitées, des destinations difficiles d’accès mais à la richesse culturelle évidente, des accompagnateurs connaissant parfaitement le terrain pour assurer une logistique toujours défaillante. Pour faire simple, des voyages pour ceux qui ne voulaient pas voir le monde comme des valises sans poignées. Tout était à inventer. Et donc, il a tout inventé. Et il a passé sa vie à ouvrir des lieux à ceux qui n’auraient pas pu le faire sans lui.

Explorator regroupait alors les meilleurs. Jean Pierre était allé chercher des types comme Jean Sudriez, guide indépendant sur le Sahara, connu de quelques passionnés seulement. Tout le monde passait rue Cambacérès avec ses envies, son savoir, son enthousiasme. Tout le monde. Ils ont tous été des collaborateurs d’Explorator, Hervé et Daniel, l’autre Hervé, Jean-Marc, Patrick, Nicolas, Michel, Didier. La liste est longue.

Un gestionnaire imbécile m’a dit une fois : ils ont tous copié Explorator. Non. Jean-Pierre n’a pas eu de plagiaires mais il a eu des disciples. Et c’est vrai que du moule qu’il a fondu sont sortis les créateurs de tout ce qui compte aujourd’hui dans le monde du voyage d’aventure. Je vous épargne les noms. Ce serait trop long. Et ils ont essaimés partout.

En ce temps, il n’y avait pas de catégorie « Voyage d‘aventure » dans les statistiques car le nombre de pax était ridiculement faible. Et les voyageurs étaient ridiculement passionnés. J’étais leur libraire, Jean-Pierre avait insisté. Les clients d’Explorator, je les connaissais tous. Ils sortaient de chez moi chargés de livres et de cartes, plusieurs semaines avant de prendre l’avion. C’était le temps où on préparait un voyage avec sérieux et passion. Oui, on consommait déjà du voyage, il serait stupide de le nier. Comme on consommait des repas. Soit chez Bocuse, soit chez Jacques Borel. Et Jean-Pierre, bon Médocain, avait choisi son camp.

J’ai connu les « séguillous » de Jean-Pierre. C’est un mot occitan qui désigne les suceurs de roues, comme disent les cyclistes. Pas les disciples, ni les plagiaires, deux catégories qui supposent qu’on ait étudié le modèle avant de l’imiter. Ceux qui copient ce qu’ils comprennent, c’est à dire rien. Le maquillage. Ceux qui pensent que botoxer, c’est inventer la beauté. Ils n’ont jamais compris le mépris que je cachais peu. Je regardais leur entourage, je pensais à ceux qui entouraient Jean-Pierre. La messe était dite. J’ai parlé des disciples. Il n’y avait pas de courtisans.

Je me demande ce qu’est devenu Vincent, l’associé discret, l’homme des comptes qui servait de rempart à Jean-Pierre. Il a eu sa part, sa part d‘ombre indispensable à leur réussite. Nico est toujours dans le radar. Sophie  doit être triste. Comme tous ceux pour qui Jean-Pierre a compté.


Les séguillous vont rendre hommage. On va pouvoir rigoler en ces temps de tristesse. Ce sera son dernier cadeau

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