mercredi 10 avril 2019

ANDRE DARRAIDOU, MON AMI

Il avait, vissée en lui, la recherche permanente de l’excellence.

Je travaillais alors sur le Père David, le plus illustre fils de  son cher village d’Espelette dont il était maire.  André comprit immédiatement l’importance de l’information et se mit au travail. Nous avons créé l’association des Amis du Père David en y impliquant le cardinal Etchegaray, autre gloire d‘Espelette, le duc de Bedford dont la famille avait sauvé de l’extinction le fameux Cerf du Père David et Paul Maymou, le plus grand pépiniériste du Pays basque. André voulait tout et Espelette était pauvre. En quelques mois, il obtenait du WWF la pose d‘une plaque commémorative sur la maison natale du grand écologiste, la mise en place d’un jardin botanique Armand David autour du château-mairie et un embryon de Musée dans le même château. Moyennant quoi, dans les mois qui suivirent, débarquait à Espelette une délégation chinoise qui travaillait sur la diplomatie du Panda, l’animal emblématique de la protection de la Nature dans le monde. André accueillit les diplomates avec gentillesse et humour, sans forfanterie et sans obséquiosité, comme il faisait toujours.

Monsieur Sun, chef de la délégation, était maire de Ya’an, la ville du Sichuan où le Père David avait découvert le Grand Panda et, tout naturellement, il proposa à André de jumeler sa ville de deux millions d’habitants avec Espelette. Je trouvais le différentiel un peu fort. Pas André pour qui la démographie n’était pas un obstacle, face à l’importance scientifique et culturelle du sujet. Le jumelage fut signé et il fit plusieurs voyages au Sichuan pour renforcer des liens qui tenaient à cœur aux habitants de l’Empire fleuri. Ayant appris que le poivre était une production importante du Sichuan, il avait même imaginé de renforcer le jumelage zoologique par un partenariat gastronomique entre poivre du Sichuan et piment d’Espelette. Et, grâce à Monsieur Sun, il put organiser une semaine pour présenter à la Chine, la gastronomie basque.

Dès que le Pays basque était impliqué, il n’avait peur de rien. Il avait dans l’idée de faire une AOP pour le piment d’Espelette. Je l‘incitais à faire venir à Espelette, Yves Monnier, professeur d’ethnobotanique au Muséum national d’Histoire naturelle qui prit en charge la partie historique et servit de guide pour la suite du processus, séduit par la passion et la gentillesse d'André.

André a été un ezpeletar exemplaire et un maire exemplaire. Il suffit d‘aller à Espelette, été comme hiver, pour constater ce qu’est devenu, en quelques années, un village certes joli et photogénique : un atout incontestable pour le tourisme, l’économie et la culture basques. Un site connu à l’autre bout du monde, presque sans y toucher. Il savait partager sa passion et s’entourer. Modeste, il connaissait ses lacunes et s’employait à les combler., en souriant, presque en s’excusant.

Sa curiosité était infinie. Il racontait ses visites en Chine avec Roger Etchegaray. Le cardinal était alors le responsable de la diplomatie vaticane. André aimait sa proximité car il bénéficiait de quelques privilèges. Mais il savait aussi s’effacer et s’amusait des finesses chinoises pour le tenir à l’écart d’entretiens où il n’avait pas sa place. Il se passionnait également pour les détails qui touchaient à son village  pourquoi les Ezpeleta étaient ils ricombres de Navarre quand leur fief était en Labourd ? Nous échafaudions des hypothèses au coin de la cheminée.

Aujourd’hui qu’il est parti, je me souviens d’une de nos discussions quand je l’interrogeais sur son cursus « J’ai été major de l’Ecole hôtelière de Toulouse ». Je me récris, je félicite. Il  sourit alors « En réalité, j’étais second, derrière Dutournier. Mais, tu sais, être après Dutournier, c’est être le meilleur, le meilleur de ce qui reste. »


Tout André est là. Tu vas me manquer, monsieur le Maire….

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