mardi 16 avril 2019

CHEZ NOUS SOYEZ REINE


J’aime bien la Vierge. Grâce à Henri Vincenot, j’ai compris qu’elle était aussi la Vouivre, la Mère des eaux, la divinité femelle et maternelle dont l’Homme a besoin. Et donc, j’aime aussi ses sanctuaires, surtout quand Vincenot s’y promène. Lourdes, sanctuaire de la Vouivre que l’on ne peut adorer qu’avec la présence de l’eau.

J’aime bien le Moyen Age, mais c’est personnel, ça n’intéresse que moi.

Et donc, hier je bouillais devant mon téléviseur où des journalistes, femelles et débutantes voulaient me gaver de pathos après avoir imprimé la page Wikipedia de la Cathédrale. Sur CNews, j’ai compté, la gisquette a prononcé trente fois le mot « émotion » en moins de dix minutes. CNews est une chaine d’informations, pas d’émotion. Et j’attendais de l’information. Pas une bouillie de mots composant un indicible pathos. Le stéréotype s’enfilait comme…comme guerriers d’Attila sur vierge lutécienne. L’une des journalistes s’appelait Geneviève.

Puis vint Michel Chevalley et le combat changea d’âme. Son premier acte fut de déployer un plan-coupe au grand dam des hommes d‘image, obligé de s’emmerder à cadrer la chose quand il suffisait de faire un plan d’épaule sur la toiture en feu pour satisfaire les chouinards décorticalisés. En trois minutes, on sut les hauteurs, les largeurs, les impossibilités d’accès qui venaient aggraver le manque de pression dans les tuyaux, toutes ces informations essentielles à la compréhension. Il improvisait comme Cochereau faisait, je sentais son impatience. Il lui manquait un plan du quartier pour expliquer la pompière stratégie. A priori, en régie, tout le monde s’en foutait. Au passage, il égratignait Trump et le membre décérébré de ma famille qui pensait que les Canadairs devraient intervenir en leur rappelant que faire tomber 30 tonnes d‘eau sur un bâtiment médiéval l’aplatirait comme crèpe en Carême. Puis seconde couche avec les drones inutilisables sur incendie à cause des courants de convection. Bref, un journaliste compétent  travaillant à l’information du couillon de base. Moi. Il fut vite exfiltré. L’émotion  revint dans les bras de Hugo. Je n’attendais ni Villon, ni Rutebeuf mais on sait ce que je pense du fabuleux styliste qu’est Hugo. Il valait mieux l’excitante gitane que les frères humains.

Hugo est revenu ce matin sur Facebook avec  Péguy et  la conversion de Claudel. Vous savez ce texte où il se plante derrière un pilier de Notre-Dame et qui se termine par « Je crus ». Citer le crû quand la cathédrale est cuite, c’est osé.

Avec Hugo arrive Arnault, bienfaiteur de Paris, qui applique à Quasimodo la recette qu’il utilisait avec Basquiat ou Rothko : investir dans la défiscalisation. Mais le Président l’a dit  « Nous la rebâtirons ». Arnault se met aux ordres. Il aurait pu le faire avant. Par exemple en finançant la reconstruction de l'abbaye de Sénanque. Mais le gain médiatique eut été mince. On ne fait pas du bien sans emboucher les trompettes de la renommée.

Moi, je me méfie. Notre-Dame a été bâtie sur des terrains alluviaux, mous et plastiques et elle est lourde, pesante. Normalement, elle a descendu un peu en huit siècles. Aucun moyen de le savoir. Les escaliers ont pu être corrigés.

Je ne sais pas combien de mètres cubes d’eau les pompiers ont balancé. Une large partie s’est évaporée mais il en est resté qui s’est infiltré dans les fondations : le Président ne s’est pas mouillé les pieds à l’intérieur. Ce n’est pas être un grand prévisionniste que  de dire que la plasticité des alluvions s’est trouvé aggravée ou augmentée. La cathédrale est aujourd’hui allégée mais sera de nouveau alourdie. Moi, j’y vois un danger pour la structure, mais aussi pour les immeubles voisins. Si des désordres se produisent, la reconstruction n’est pas acquise d‘autant que l’Etat, étant son propre assureur, les discussions risquent de traîner.

Je sais, je suis chiant, j’aime Cassandre. Ce matin, on doit la jouer théopathétique. Avant que n’apparaissent les théories du complot, car elles vont arriver, soyons en sûrs.

Restons calmes et froids. Notre Dame n’est pas détruite. Abimée certes. L’heure des spécialistes est venue. Ils vont emmerder tout le monde en étudiant la résistance des clés de voute et la poussée des arcs-boutants. Tout simplement parce qu’ils vont détruire le pathos dont l’un des plus beaux exemples a été Jack Lang qui a profité de l’incendie pour mettre en avant l’IMA qu’il préside.

Restons calmes et froids. C’est pas une bonne opération pour la Calotte. Que Dieu laisse brûler son sanctuaire ne plaide pas en faveur de sa Protection. Sauf à considérer que la Vouivre n’a pas besoin de sanctuaire car Elle est le sanctuaire.

Sauf à considérer, comme les Asiatiques, que l’âge d’un monument ne s’inscrit pas dans sa matière mais dans son essence et qu’on peut le reconstruire à l’identique en matériaux neufs sans que cette essence ne soit détruite.

Le pathos détruit le réel. Voici au moins trente ans que je n’ai pas entendu chanter « Chez nous, soyez reine » dans une procession mariale. La Vierge était gommée avant que ne brûle Notre-Dame.


Après, on peut se piquer de mots…..

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