dimanche 21 juillet 2019

EUGENE KASPERSKY ET LA MODERNITÉ

Dans géopolitique, il y a GEO… La géopolitique a pour fondement la géographie. Pas la politique qui en est seulement un appendice. Mais voilà : tout le monde déteste la géographie et adore la politique. D’ailleurs, nous vivons dans le cyberespace, cette chose indéfinissable qui annihile la terre. Dans le cyberespace, pas de frontières, pas de montagnes, pas de détroit, en un mot aucune des contraintes liées au sol où nos pieds sont rivés.

Ha ouais ? Le héros du cyberespace, en ce moment, c’est Eugen Kaspersky. Vous connaissez son nom. Kaspersky, c’est le N° 1 mondial des antivirus. Il protège quelques millions d’ordinateurs et de réseaux dans le monde. Il a remplacé, plus ou moins, Symantec.

Et voilà que ça coince. Parce que Kaspersky, il accède au cyberespace            depuis ses bureaux de Moscou. Et Moscou, le saviez vous ? c’est en Russie. Du coup, Kaspersky revient dans ses frontières et est accusé de tous les maux de la terre. Le cyberespace n’est plus cet angélique espace détaché de toute contrainte où le commerce est libre. Ian Fleming revient et Jeff Bezos s’estompe ; la géographie reprend le pouvoir sur la politique.

Dans les faits, le cyberespace n’était édénique que parce qu’américain. Le paradis abritait les anges des GAFA. Kaspersky n’est qu’un symbole, le symbole de la prise de pouvoir des non-étatsuniens. Faut se mettre à leur place aux cow-boys. Déjà que les Chinois menaçaient les fabricants de matériel (Huawei versus Apple), si les Russes prennent le contrôle des logiciels, il leur reste plus rien. A peine les briques pour construire un mur le long du Rio Grande.

Dans leur idée, le cyberespace était une sorte de vaste plaine permettant aux Tuniques bleues d’envahir le monde. Et voilà qu’ils découvrent que le monde peut les envahir. Trump légifère à tout va, menace et tempete, les complotistes s’en donnent à cœur joie, le monde menace l’Amérique qui va avoir du mal à être great again.

Les journalistes s’indignent. Kaspersky est proche du pouvoir russe. Ben oui. Ça s’appelle l’oligarchie et ça marche aussi en Europe et en Amérique. Les journalistes, quand ils écrivent « oligarques », ça désigne toujours ceux qui vivent à l’est du Niémen. Comme s’il n’y avait pas d’oligarques en Europe !!!

La nouvelle, c’est que le cyberespace a des frontières. A vrai dire, on s’en doutait un peu. Même non tracées ou mal tracées, il y a toujours des frontières parce qu’il y a toujours de la matière. Le signal radio-électrique qui  apporte Internet à ton ordinateur ne peut pas t’atteindre sans émetteurs, sans serveurs et sans relais. On peut jouer avec les mots, parler de « cloud » pour faire croire qu’on vit dans les merveilleux nuages de Baudelaire. Dans les faits, le « cloud » c’est une accumulation de machines dont on sait que la consommation électrique est gigantesque et la contribution au changement climatique pas si innocente. Ces machines, elles sont physiquement quelque part. Planquées derrière des frontières. Le virtuel, c’est juste de la com’. Ces machines sont bien réelles, elles n’attendent que la visite des policiers qui contrôlent leur territoire. Policiers qui arrivent avec le propriétaire des machines, encadré, voire menotté pour lui apprendre qui est le patron.
Sur ses photos, Eugène Kaspersky a une bonne tête. Pas une tête à aimer qu’on lui passe les bracelets. Dans ses bureaux, à Moscou ou ailleurs, ses collaborateurs passent les frontières, invisibles mais réelles, pour comprendre comment fonctionne le web. Quand ils découvrent un détail qui signifie un fonctionnement hors-normes, ils rendent compte. C’est leur boulot. Et Eugène rend compte à son gouvernement. Comme le font les patrons de Google ou de  Facebook. Le cyberespace est le lieu où se confrontent les Nations.

J’ai lu plein de choses sur Eugène. Des banalités, des anecdotes. Une ville reste inconnue des enquêteurs : Tachkent. A Tachkent, capitale de l’Ouzbekistan, se trouve le centre de lutte contre le terrorisme de l’Organisation de Coopération de Shanghaï. On en a déjà parlé. C’est le lieu où tous les gouvernements impliqués surveillent les organisations terroristes de par le monde. Il y a notamment des Chinois et des Indiens, deux nationalités qui ont peu à prouver en matière d’informatique. Je suis prêt à parier ma chemise qu’Eugène a une équipe à Tachkent, une équipe russe qui bosse avec les autres nations. Une équipe qui surveille l’Iran comme le lait sur le feu. L’Iran et ses voisins. L’Iran et ses alliés. L’Iran et ses ennemis. Je suis prêt à parier que, lorsque Trump a accès à une information sensible, Poutine et Xi Jiping sont déjà au courant.

C’est ça qui rend les Ricains frénétiques : ils ont perdu le monopole de l’information. Le monopole de la manipulation. Comme, dans le même temps, ils ont perdu le monopole de la puissance militaire et le monopole du financement des nations en développement, il se rendent compte qu’ils sont à poil.

Trump n’a pas de bol. Il hérite d’une situation construite par Bush et Obama : voilà trente ans que Russes et Chinois coopèrent. Voilà trente ans que les informaticiens américains ont vendu leur pouvoir à d’autres nations. Ça a commencé avec IBM vendant sa division d’ordinateurs personnels à Lenovo. Pour Wall Street, c’était une bonne nouvelle. La Maison Blanche n’a rien vu venir.

Comme elle n’a rien vu venir quand ces nains de Français ont créé Airbus. Aujourd’hui, Boeing pleure et Trump hérite du bébé.

On a toujours tort de mépriser un adversaire.

J’aime bien Eugène Kaspersky.


Un dernier détail. Désireux de mettre à jour mes infos sur l’organisation de Shanghaï, je tape l’acronyme OCS sur Google. Me remontent alors des pages de résultats sur un service Orange répondant au dit acronyme. Résultats susceptibles de produire des clics rémunérés conformes aux objectifs de Google. Je connais la musique et donc je ruse. C’est ainsi que l’Amérique fonctionne. Changez votre forfait pour accéder à Netflix plutôt qu’apprendre.

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