mercredi 15 septembre 2010

LES ROMS FONT CHIER


 Les Roms font chier. Pas moi. Les Roms, au fond, je m’en tape. Mais tout le monde en parle, du bistro du coin à l’ONU. Tu peux pas ouvrir la télé sans qu’on te bassine avec les Roms. Des fois, les Roms deviennent « gens du voyage ». Ça veut dire que c’est des Roms qui viennent pas de Roumanie. Des Gitans, par exemple. Des Gitans qui voyagent, je veux dire, parce que des Gitans qui voyagent pas, j’en connais une tapée. Tu vas à Séville, quartier de Triana, ça fait quelques siècles que toutes les maisons, elles sont occupées par des Gitans qui voyagent pas. C’est pareil partout, à Bayonne (Hola, Rafael !), à Perpignan ou à Toulouse.

Je vais vous dire, c’est pas les Roms qui posent problème, c’est les caravanes. Les Roms, tu les mets dans une cité, ils se confondent avec les murs. Les caravanes, c’est autre chose. Les caravanes, c’est la mobilité. Tu t’endors le soir face au paysage bucolique, le lendemain matin t’as cinquante caravanes devant tes fenêtres. Et peut-être que demain, y’en aura plus. C’est quoi ces gens ?

C’est des nomades. Et les nomades, c’est une relique des temps anciens. Les nomades font chier. Ils sont incontrôlables. Pas de domicile, pas d’impôts, pas de compte en banque. Les gosses pas (ou pas trop) scolarisés. Le boulot, on sait pas trop. Ils sont pas commerçants vu qu’ils ont pas de boutique. Pas artisans non plus, faut un atelier. Jadis, ils faisaient de la vannerie, du rempaillage de chaises, ou des trucs comme ça, quand deux mains font une boîte à outils. Aujourd’hui, la vannerie, elle vient de Chine et on rempaille pas les chaises de chez Ikea.

Tout le monde déteste les nomades. Sauf quand on vend des voyages. Là, le nomade c’est un gros atout marketing. Le Touareg, seigneur des sables. Le Mongol enyourté. C’est de la valeur sûre, de la facture avec plein de zéros. On y va « en terre inconnue » pour filmer une personnalité people qui va mourir d’amour pour le nomade libre. Faut faire attention, pas que Brahim il sorte son téléphone cellulaire devant les caméras. Ça te casse vite le mythe.
Mais Brahim, il a envie d’appeler sa femme qui s’occupe des gosses à Tam, dans la solide maison qu’il a pu faire construire en accompagnant des voyageurs. Parce que Brahim, il est comme tous les nomades. Il est mieux sédentaire.

Le nomade est un mythe. Il est l’homme le moins libre du monde. Il est prisonnier de la nature. Tu crois qu’il fait trois jours de marche avec ses troupeaux pour le plaisir de marcher ? Mon cul, dirait Zazie. Il cherche de l’eau et les pâturages qui vont avec. Il est prisonnier des puits, des pluies, de cette eau qui va faire verdir un coin de désert pour que ses bêtes vivent, et sa famille avec. Alors pour ça, il marche, il installe sa tente, il la démonte, il va ailleurs, il fait des efforts incroyables. Mais le jour où il peut remplacer la tente par une maison en dur et acheter une Land-Rover pour  aller voir ses troupeaux en deux heures plutôt qu’en deux jours, il le fait. Et s’il peut remplacer ses troupeaux par des troupes de voyageurs, plus rentables et que t’as pas besoin de soigner pendant toute l’année, il le fait aussi. Il est comme toi, le nomade. Il a besoin de confort.

Mais, mééé… bêle le voyageur. Dormir sous les étoiles, c’est génial. Oui. Quinze jours. Toute l’année, c’est autre chose. Toute l’année, t’es sûr d’avoir des nuits de vent de sable, quand le désert gronde, que les tentes claquent, que les bêtes s’affolent. Là, c’est plus le paradis sous les étoiles.

Le nomade touristique, il est agriculteur. Dans les brochures et les livres d’ethno, on dit « pasteur », c’est quasi-biblique. Il fait nomadiser des troupeaux. En Europe tempérée, ça marche pas. T’en as pas besoin. Tu nomadises pas tous les jours, tu transhumes une fois l’an. Les touristes adorent ça, la transhumance. Ils savent pas qu’on fait partir deux cents bêtes du village avec fête régionale et danses folkloriques et que le reste, ça part en camion pour moins s’emmerder. Autrefois, le berger restait en montagne. Aujourd’hui, il a un 4x4 et il rentre dormir avec sa femme. Le 4x4 a fait baisser le nombre de cocus dans les vallées. C’est un progrès.

Les Roms, ils sont baisés. Ils peuvent pas faire nomadiser des troupeaux. Nomades, mais pas pasteurs. Pas pasteurs, mais pas commerçants, ni artisans. On l’a vu. Il reste plus que les activités de survie, la manche par exemple. C’est même plus des voleurs de poules, les poules, elles sont en batterie dans des usines à pondre. Et forcément, les activités de survie, elles sont souvent aux marges de la légalité.

Les angéliques défenseurs des Roms, ils nient farouchement. Faut pas stigmatiser. Certes. Mais faudra m’expliquer de quoi on vit, en Europe, quand on est nomade. De quoi on vit et comment on vit.

Faut pas déplacer le problème, en fait. Les Roms ne sont pas le problème. Le problème, c’est le nomadisme et son statut dans les pays développés. Il reste quelques nomades en Europe. Pasteurs. En Cantabrie, dans la vallée du haut-Pas. Des bergers qui passent l’année à aller d’un pâturage à l’autre. Leur nombre diminue d’année en année. Les autorités considèrent chaque bergerie comme une résidence secondaire et leur collent les impôts  qui vont avec. Ça rentabilise pas le fromage. Alors ils quittent la montagne et vont travailler dans les hôtels de la côte. Y’en a un qui m’a dit « on change de moutons ». Le nouveau mouton, c’était moi.

On en reparlera…

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