vendredi 10 septembre 2010

MAO EN AFGHANISTAN

C’est à ce genre d’article qu’on voit qu’un journal a viré sa cuti. Quel journal ? Ben, le dernier. Libération. Journal de gauche, me disaient mes copains. Moi, je doute façon Descartes. Avec un proprio qui s’appelle Rothschild ? Ouah, l’autre, ça veut rien dire. Ah bon.

Depuis le 14 août 2009, je la tiens ma preuve. Quatre pages avec titre à la une. « Afghanistan, un désastre annoncé ». Joffrin, prétendument de gauche, il croit tenir un scoop. Il a complètement oublié que, dans l’Histoire, on n’a pas encore vu une armée populaire se faire battre par une armée étrangère. Quand t’es à gauche, tu dois savoir ça, quand même. Z’avez oublié ? Pour nous, l’Algérie, le Viêt-Nam. Les Anglais, ils ont eu les Mau-Mau, les Américains, la Corée, le Viêt-Nam. Je pourrais rajouter les Allemands et la France, mais on me dirait que j’exagère. C’est toujours pareil, le peuple se soulève et il gagne.

Mais non, ils me disent, mes copains, c’est pas pareil. Ah bon ? Les Afghans, ils sont chez eux, peinards, à cultiver leur pavot et à transformer leurs femmes en pochettes-surprise (tant que t’as pas ouvert l’emballage, tu sais pas ce qu’il y a dessous). La plupart, ils sont calmes. Ils ont quelques fréquentations turbulentes, mais ils sont chez eux, ils reçoivent qui ils veulent. Explosion des copains. J’entends de tout, laïcité, droit des femmes, système clanique. Laisser passer l’orage. Mes copains, ils sont pas spécialistes de l’Afghanistan, ils lisent juste la presse et ils croient savoir. Ils oublient cet infime détail : les Afghans sont chez eux. Avec leur histoire, leur religion, leur culture. Chacun son truc : eux, ils ont des mollahs qui tuent avec des kalashnikovs, nous on a des curés qui tuent en interdisant le préservatif. Ben oui, c’est logique. Si t’admets Benoît XVI, faut bien admettre le mollah Omar. Tu peux pas dire que le Teuton sanctifié, il est bien, et que le barbu excité, il est mal. Parce que si tu creuses, t’arriveras forcément à la conclusion que le Blanc c’est le bien et le pas-Blanc, c’est le mal.

Ils sont chez eux. Ils vivent mal. Ou ils survivent mal. Peu importe. Quand t’es chez toi, tu vis comme tu veux, tu pisses dans le lavabo et t’écoutes Jean-Pierre Foucauld. Alors, si un mec s’amène, s’installe et t’interdit de pisser dans le lavabo, tu râles. Le mec, il est costaud, il te colle une beigne et il s’installe. Et, petit à petit, tu vas l’observer et attendre le moment où tu pourras le foutre par la fenêtre. Pas d’homme à homme, comme on dit. Il est trop costaud. Mais tu vas trouver une idée. Et attendre le moment opportun.

Je simplifie à outrance, mais c’est comme ça. Les Afghans, ils nous ont vu débarquer, ils sont entrés en résistance. Libération rappelle les tentatives anglaise, russe et y voit une constante historique. Libération se trompe. Quand une armée de l’ombre (Ami, entends-tu ?….) se constitue, c’est une armée populaire, un phénomène social pas historique. On a vu apparaître une logique de guerilla, des embuscades, des combattants qui sont « comme un poisson dans l’eau ». Comme les résistants français, le FLN ou le Viêt-cong. Ouais, me disent mes copains, ils terrorisent les habitants. Mes copains, ils croient que les habitants, ils sont plus terrorisés par leur voisin qui planque un fusil de combat sous sa djellaba que par les soldats occidentaux déguisés comme des tortues ninja et qui causent des trucs incompréhensibles. C’est toujours pareil : on a la trouille de ce qu’on connaît pas. Ça fait un moment que je le dis, les talibans vont gagner parce qu’on est dans la logique  analysée par Chalmers Johnson dans les années 1960 : un nationalisme paysan qui se transforme en guerre populaire. Comme Mao et Tito. (Parenthèse : Chalmers Johnson, qui c’est ? un intellectuel américain oublié qui avait analysé la manière dont les guerres populaires sont d’autant plus efficaces quand elles reposent sur un substrat nationaliste. Parenthèse bis : il a été traduit en français par Lionel Jospin)

Mes copains, ils sont bien de leur temps. Ils croient que des va-nu-pieds avec des fusils bricolés ne peuvent pas gagner contre des drones, des missiles et des véhicules légers de reconnaissance. Ils ont oublié que Giap avec des vélos a filé une grosse raclée aux hélicos de combat d’Apocalypse Now. Ils ont oublié la sublime phrase d’Ho Chi Minh devant la débauche de moyens mis en œuvre par les USA : « Même avec neuf femmes, on ne peut pas faire un enfant en un mois ». La ferraille ne peut rien contre une volonté politique. Obama, il est magnifique : « Nous sommes en Afghanistan pour protéger notre territoire ». Il se goure l’Harvardien métissé. S’il veut pas être emmerdé par Al-Qaida, il lui suffit de surveiller ses frontières, de bosser sur son territoire. Pas la peine d’aller en Afghanistan. Les mecs qui ont ratiboisé les Twin Towers, ils étaient en Amérique avec titres de séjour et autorisations en règle, faut pas l’oublier. On veut faire payer aux Afghans les insuffisances des services policiers américains, c’est gonflé quand même…. Autre parenthèse, c’est pas nouveau. J’ai assisté un jour à l’évacuation musclée de clandestins basques réfugiés dans la cathédrale de Bayonne. Sauf que les clandestins, ils arrivaient du Mexique et la République Dominicaine, ils étaient passés par Roissy, ils avaient été contrôlés ( ?) par la PAF qui n’avait rien vu. C’est pas à eux qu’il fallait foutre des baffes, c’est au patron de la PAF qui avait pas fait son boulot. Comme les services américains. Si tu réfléchis un peu, le coupable c’est pas Ben Laden, c’est le patron du FBI qui n’a rien vu. Le coup de l’Afghanistan, c’est comme si tu portais plainte contre le proprio qui a loué un appartement au mec qui est venu faire un casse chez toi. Engueule plutôt ton serrurier qui t’as vendu pour une fortune une porte blindée que le mec a dézingué en deux temps trois mouvements.

Donc, on est en train de prendre une pâtée. Comme à Alger ou à Saïgon et pour les mêmes raisons. Avec le même fonctionnement. Dans Libération du 19 août 2009, il y a une interview d’un mollah afghan qui explique gentiment qu’il achète des SAM 7 avec le fric des Saoudiens. Si tu crois que les Saoudiens sont les allés des Occidentaux, ce que tu te goures, fillette, fillette. Les Saoudiens, ils prennent le pognon de Total ou BP et ils le filent aux talibans pour qu’ils flinguent en toute sérénité les marsouins français.  Moi, j’aurais tendance à dire que c’est Total (ou BP) qui devrait payer les funérailles nationales. Ho ! faut pas déconner. Ils ont déjà payé pour les missiles, tu veux pas les faire payer deux fois, non ? Tu vas leur ruiner la marge et le cours de Bourse. J'admets qu'ils savaient pas à quoi servait leur fric. S'ils avaient su, je suis sûr qu'ils arrêtaient d'acheter du pétrole aux Saoudiens.

Ils sont pas bien les Afghans. Ils font des vilains attentats et ils ont pas d’uniforme. Comme les copains de Guy Moquet qui ont abattu un officier allemand. Tu mets pas un uniforme pour commettre un attentat. Enfin, tu peux en mettre un mais ça limite tes chances quand même. Les Afghans, ils appliquent les règles (et surtout l’absence de règles) d’une guerre populaire de résistance. Ils peuvent parce qu’ils sont chez eux. Les Pashtouns, tu les mets chez les ch’tis, ils s’en sortent pas à cause du Maroilles et du lard fumé. Ils sont comme un poisson dans l’eau, ils appliquent les préceptes codifiés par Mao. Mes copains, ils se marrent. La pensée de Mao, c’est fini, je suis vraiment un dinosaure. Moi, je regarde : la stratégie de guerilla, l’attaque par petits groupes en embuscade, la disparition dans le milieu ambiant où t’es plus repérable, le travail idéologique en sous-main, si c’est pas les principes militaires du maoïsme, qu’est ce que c’est ?

Le seul truc dont je suis sûr, c’est que les équipes de communicants d’Obama et de Sarkozy, ils sont déjà en train de réfléchir. Sujet : comment présenter une bonne branlée comme une victoire de la démocratie ?

Bof, Carla en fera une chanson, musique de Bénabar, paroles de Bernard Kouchner. Je l’écouterai dans une émission de Jean-Pierre Foucauld en pissant dans le lavabo.

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